Raphaël ou le culte du « pinceau unique » !

Fabricant de pinceaux fins depuis 1793, la firme française Raphaël, toujours familiale et dont le siège et la principale unité de production sont installés en Bretagne à Saint-Brieuc, a réussi au cours de ces soixante dernières années en collaboration avec les make-up artistes à devenir l’’un des fournisseurs incontournables des plus grandes marques de maquillage internationales. Elle emploie en France près de 160 personnes auxquelles s’’ajoutent les quelque 460 personnes de son usine installée à L’’Ile Maurice depuis 1975. Elle réalisera cette année un chiffre d’’affaires total de 30 millions d’’Euros. Un seul credo « tradition, qualité et innovation ». Au chapitre des prochains investissements, l’’extension de ses capacités de production à l’’Ile Maurice d’ici 2016. Pas si simple de fabriquer encore des pinceaux en Europe en étant rentable et compétitif ? Eric Sauer, Président et propriétaire de la firme française, n’élude pas la question. « La preuve, la société Raphaël est bien là, souligne-t-il, et ne cesse de conquérir de nouvelles parts de marché ! ». Certes, cela n’a pas toujours été le cas. Et la longue histoire de l’’entreprise est là pour le rappeler. Une superbe affaire créée en 1793 à Paris puis qui s’installera à Meulan pour compter dans les années 1900 jusqu’à 600 personnes et qui, déjà, exportait jusqu’au Brésil ! L’’ouverture d’’une seconde unité de production à Saint-Brieuc qui s’opère en 1925 est, en grande partie, due à la facilité d’’approvisionnement en poils de soies issus des exploitations de porcs de la région.

Petit à petit la Bretagne va d’ailleurs finir par rassembler dans les années 1950 l’’essentiel des brosseries de « pinceaux fins » de France. « La deuxième guerre mondiale a tout de même bien failli mettre l’’entreprise par terre » confie Eric Sauer. « Mon père, Gérard, et mon oncle, Michel, vont s’’atteler à la tâche en ne conservant que l’’usine bretonne et en positionnant volontairement la firme sur le créneau du haut de gamme et l’’export, en mettant l’’accent sur une marque facilement prononçable dans toutes les langues étrangères : Raphaël !». Mais aussi en accentuant leur stratégie sur le nouveau créneau qui se fait jour, le secteur cosmétique. « Il faut savoir, explique Eric Sauer, qu’’avant la guerre, les femmes n’’utilisaient que des houppettes et des éponges ». Et ça marche ! Au fil des années, la firme française ne cessera de prendre des parts de marché et se met à exporter dans le monde entier. « On peut estimer qu’’à cette époque nous détenions 70 % du marché français et que nous étions devenus le leader européen du pinceau ».

Mais au milieu des années 1970/1980, c’’est le coup d’arrêt. La concurrence coréenne change la donne. « Il faut revoir une partie de notre copie », explique Eric Sauer. La décision est prise d’’ouvrir une unité de production aux portes du Pacifique. Ce sera l’’Ile Maurice. Mais pas question de baisser en qualité. « Que ce soit à Saint Brieuc ou à l’’Ile Maurice, insiste Eric Sauer, notre niveau d’’exigence en matière de qualité ne changera pas. Les matériaux traditionnels (bois de tilleul, viroles en laiton nickelé, poils naturels et fibres synthétiques) sont sélectionnés avec le plus grand soin, puis assemblés à la main, afin de garantir un niveau de qualité irréprochable ». Un niveau d’’exigence qui paiera. La firme devient le fournisseur attitré de maquilleurs de renoms comme les créateurs de Make Up for Ever et plus tard de M.A.C. qui deviendront au fil des années de véritables icônes du monde professionnel du maquillage et qui feront du pinceau un outil à part entière de cet univers. « Il faut savoir, insiste-t-on à Saint Brieuc, que dans certains cas, le développement d’’une gamme de pinceaux peut prendre jusqu’’à deux ans ! ».

Principal investissement : le savoir-faire !

C’est tout l’’enjeu ! Il faut deux à trois ans pour former correctement une pincelière et plus de dix ans pour qu’’elle soit polyvalente. Il faut le voir pour le croire. Prendre juste ce qu’il faut de poils naturels ou de fibres synthétiques, les répartir dans un petit godet, les assembler, les répartir, les ficeler…, le tout à une cadence soutenue et sans se tromper. « Notre investissement est là, dans la formation du personnel ! », insiste Eric Sauer. Car on n’a pas encore trouvé la machine qui sera capable de remplacer la dextérité d’’une pincelière. « Et on n’’est pas prêt de la trouver ! ». Certes, on peut semi-automatiser quelques phases de la production, comme l’’assemblage de la virole sur le manche mais c’’est tout….

Le pinceau, c’’est d’abord une industrie de main d’oe’œuvre. Et la seule façon de résister sur le créneau du pinceau standard, c’’est de fabriquer dans des régions où les coûts de main d’oe’œuvre sont moins élevés qu’’en Europe. « Notre usine de l’’Ile Maurice ne peut donc que continuer à croître. C’’est ce qui explique l’’augmentation de sa capacité de production dans les deux ans qui viennent », explique Eric Sauer, « mais cela ne veut pas dire que nous négligeons notre usine bretonne qui se positionne naturellement sur les marchés plus haut de gamme et le « made in France ». Quant au débat « poils naturels/poils synthétiques », pour Eric Sauer « il n’est pas tranché ! Les uns ont des qualités que les autres n’’ont pas. Aujourd’’hui, le poil naturel domine. Pour que les poils synthétiques puissent prendre le pas, il faudra du temps. Les mélanges entre les deux sont intéressants. Mais ce qui compte, vous savez, c’’est de mettre à la disposition du make up artiste ou de la consommatrice « LE » produit qu’’ils souhaitent et qui les satisfasse. Nous ne fabriquons pas des gadgets ! ».